À l’occasion du 8 Mars, Journée internationale des droits des femmes, un nouveau manuel publié par UNI Global Union remet en lumière un outil puissant mais méconnu du grand public : la négociation collective. Derrière ce terme technique se cache une réalité concrète — la capacité des travailleurs à exiger, autour d’une table, l’égalité salariale, la protection contre le harcèlement, et une meilleure conciliation entre vie professionnelle et vie de famille.

Qu’est-ce que la négociation collective, au juste ?


Pour beaucoup de salariés, le syndicat reste une réalité lointaine, associée aux grèves et aux préavis. Pourtant, dans les coulisses de toute entreprise où existe une organisation syndicale, se déroulent des négociations qui déterminent des conditions très concrètes : votre salaire, vos horaires, votre droit à un congé maternité étendu, la manière dont sera traitée une plainte pour harcèlement.
Ces négociations aboutissent à des conventions collectives — des accords contractuels entre les syndicats et les employeurs. Et c’est précisément là que se joue, pour les femmes, une partie décisive de la bataille pour l’égalité.


Un siècle de progrès en retard
Le constat dressé par le manuel d’UNI Global Union est alarmant. Trente ans après la Déclaration de Pékin — ce grand programme mondial pour l’égalité des femmes adopté en 1995 — les chiffres révèlent un monde qui n’a pas tenu ses promesses. À ce rythme, il faudra 140 ans pour voir autant de femmes que d’hommes aux postes de direction, et 47 ans pour parvenir à une parité dans les parlements.
Pire encore : une réaction organisée contre l’égalité des genres est en cours, portée par des campagnes de désinformation en ligne, des discours antiféministes et des attaques contre les militantes des droits des femmes. Cette dynamique ne reste pas aux portes des entreprises — elle pénètre dans les lieux de travail, remet en cause les politiques d’égalité existantes et banalise de nouvelles formes de discrimination.
« Négocier dans une perspective de genre n’est pas facultatif : c’est une condition pour que la négociation collective reste pertinente au XXIe siècle.
— Manuel UNI Global Union, département Égalité des chances

Ce que le syndicat peut vraiment changer


Concrètement, qu’est-ce qu’une négociation collective sensible au genre peut apporter à une salariée lambda ? Le manuel identifie huit grands domaines où des clauses spécifiques peuvent transformer le quotidien au travail :


L’égalité profite à tous — y compris aux syndicats eux-mêmes
Le manuel insiste sur un point souvent ignoré : intégrer l’égalité de genre dans la négociation ne profite pas seulement aux femmes. Les études citées montrent que les femmes qui se sentent représentées par leur syndicat adhèrent davantage, se mobilisent plus, et s’engagent dans des responsabilités de direction. Résultat : un syndicat plus fort, plus représentatif, et plus légitime.
De plus, des équipes de négociation mixtes produisent des accords plus complets — parce qu’elles tiennent compte de réalités que les équipes homogènes ignorent souvent. L’inclusion n’est donc pas un luxe militant : c’est une stratégie d’efficacité.
Des droits fondamentaux au cœur du dispositif
Le manuel s’appuie sur un cadre solide : trois conventions fondamentales de l’Organisation Internationale du Travail (OIT). La liberté d’association (Convention 87), le droit à la négociation collective (Convention 98) et l’égalité et la non-discrimination (Convention 111) forment un socle indissociable. Sans liberté syndicale, pas de négociation. Sans égalité, la négociation ne reflète pas la réalité de l’ensemble des travailleurs.

À cela s’ajoute la Convention C190, adoptée en 2019, qui oblige à traiter la violence et le harcèlement dans le monde du travail — y compris sous ses formes numériques et celles liées aux violences domestiques affectant la vie professionnelle.

En résumé — Le manuel d’UNI Global Union est un appel à l’action destiné aux délégués syndicaux, mais son message dépasse les frontières du mouvement syndical. Il rappelle que l’égalité entre les femmes et les hommes au travail ne se décrète pas — elle se négocie, clause par clause, droit par droit. Et que ceux qui ont le pouvoir de le faire ont aussi la responsabilité de le faire.

Source : UNI Global Union — Département de l’Égalité des chances. « Négocier les conventions collectives dans une perspective de genre — Manuel à l’intention des délégués »
Article rédigé à l’occasion du 8 Mars 2025 — Journée internationale des droits des femmes

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