La Poste traverse une crise sans précédent. Réuni le jeudi 9 juillet 2026, le Comité Sectoriel Poste du Syndicat National des Travailleurs des Postes et Télécommunications (SNTPT) a dressé un constat alarmant : des agents impayés, des bureaux qui se dégradent et un service public postal au bord de l’effondrement. Le syndicat dénonce un « oubli administratif » du dossier par le nouveau gouvernement.
Un « oubli administratif » au cœur de la crise
Réuni pour évaluer la situation de l’entreprise publique, le Comité Sectoriel Poste du SNTPT a livré un diagnostic sévère. Dans sa déclaration liminaire, le secrétaire général Ibrahima Sarr a estimé que le changement de gouvernement avait plongé le dossier de La Poste dans un « inquiétant oubli administratif ».
Le responsable syndical rappelle qu’un an après le Conseil interministériel du 1er septembre 2025, qui avait débouché sur quinze mesures fortes destinées au redressement de l’entreprise, aucune mise en œuvre effective n’est intervenue. À la mi-juin 2026, le taux d’application de ces quinze mesures n’atteignait toujours pas les 30 %, selon le syndicat.
Avant, le problème de La Poste était d’ordre politique. Aujourd’hui, c’est l’oubli.Ibrahima Sarr, secrétaire général du SNTPT
Une gestion financière pointée du doigt
Au-delà de l’inertie de l’État, le syndicat dénonce des choix de gestion contestables. Le Comité sectoriel a notamment relevé une dépense de 50 millions de francs CFA jugée injustifiable au regard de l’état de trésorerie de l’entreprise. Pour le SNTPT, chaque franc dépensé devrait désormais servir exclusivement à relancer l’exploitation.
Dans cette logique, les représentants des travailleurs réclament la suspension immédiate des missions à l’étranger, qu’ils estiment incompatibles avec la situation des centres postaux privés de moyens.
Des agents dans le dénuement
Le tableau social dressé par le syndicat est particulièrement préoccupant. Les agents travaillent sans fournitures, sans intrants et sans carburant, tandis que la production même des bulletins de salaire serait bloquée depuis octobre 2024. Le silence de la Direction générale — absence d’information, de plan de redressement et d’échange — cristallise les inquiétudes.
La dernière fête de la Tabaski a accentué cette détresse. Faute d’avance sur salaire, plusieurs postiers ont dû contracter des dettes auprès de la MECAP pour célébrer la fête dans des conditions décentes.
Les revendications du syndicat
- La clarification immédiate de la vision de l’État sur l’avenir de La Poste ;
- La mise en œuvre urgente des décisions du Conseil interministériel de septembre 2025 ;
- Le paiement sans délai des salaires des agents ;
- L’instauration d’une gouvernance responsable et transparente.
La menace d’une reprise des actions syndicales
Faute de réponses concrètes, Ibrahima Sarr prévient que le SNTPT pourrait reprendre ses actions syndicales. Cette déclaration s’inscrit dans une séquence de tensions : contestation du plan de départs négociés fin 2025, interpellation du ministre Alioune Sall par le député Guy Marius Sagna le 3 mars 2026, et désormais ce nouveau cri d’alarme.
Le message des travailleurs se veut à la fois grave et constructif : le syndicat réaffirme sa disponibilité à collaborer à un redressement sincère, mais estime que « l’heure n’est plus aux discours ». La Poste, rappellent-ils, demeure un pilier de la continuité territoriale et du service public au Sénégal.
