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Lac Rose : les agents de la coopérative Chatak haussent le ton face au blocage de leurs terrains

8 août 2026 · Mame Binta NDOYE · 5 min de lecture

Plus de 550 familles d’agents de La Poste sénégalaise, membres de la coopérative d’habitat And Tabakh Keur Chatak, réclament justice. Réunis sur leurs terrains du Lac Rose pour un ultime rassemblement, ces travailleurs dénoncent le blocage total de leur projet immobilier, victime collatérale du tracé de la Voie de Dégagement Nord (VDN) 3. Entre délais légaux dépassés, silence des autorités et salaires impayés, la colère gronde chez ces postiers qui y avaient investi les économies de toute une vie.

Un projet de vie pris en otage par le tracé de la VDN

Depuis plusieurs années déjà, les agents de La Poste réunis au sein de la coopérative Chatak avaient mis en commun leurs économies — indemnités de départ à la retraite, prélèvements à la source, prêts bancaires — pour acquérir deux sites au Lac Rose et y bâtir enfin leur toit. Un projet porté par la solidarité coopérative, cher aux travailleurs des Postes et Télécommunications, et qui incarnait pour beaucoup l’aboutissement d’une carrière entière au service du public.

Mais ce rêve est aujourd’hui suspendu. Les deux sites de la coopérative se trouvent directement sur le tracé du projet de prolongement de la VDN, déclaré d’utilité publique par le décret n°2022-24 du 11 janvier 2022. Conséquence : gel total des mutations foncières auprès des services des Impôts et Domaines, interdiction formelle de poursuivre les travaux de construction, et un site laissé à l’abandon, livré aux vols de matériel et de briques déjà acquis par les sociétaires.

Un délai légal largement dépassé, dénonce la coopérative

Pour Salihou Ndieng, secrétaire administratif de la coopérative Chatak, la situation confine à l’illégalité pure et simple. « L’article 2 du décret stipulait un délai maximal de trois ans pour procéder aux expropriations. Aujourd’hui, le terme légal est largement dépassé, maintenant le site dans une incertitude complète », dénonce-t-il.

Plus de trois ans après la publication du décret, aucune procédure d’expropriation en bonne et due forme n’a été menée à son terme, et aucune indemnisation n’a été proposée aux sociétaires. Un vide juridique et administratif qui plonge des centaines de familles de postiers dans l’angoisse du lendemain.

Des économies d’une vie parties en fumée

Derrière les chiffres et les procédures administratives, ce sont des destins individuels brisés. Plusieurs sociétaires témoignent du désarroi qui les habite depuis l’arrêt forcé du chantier. « J’ai pris tout mon départ, tout mon argent, je l’ai mis là. En 2023, on m’a dit de tout arrêter. J’avais déjà fait des briques. On m’a tout pris : les briques, le matériel de construction… On me l’a pris comme ça ! », confie l’un des agents concernés.

Ndèye Marième Diop, retraitée de la Direction du Contrôle Postal (DCP), relate elle aussi les conséquences douloureuses de cet arrêt : matériaux de construction volés, prêts bancaires contractés en pure perte, et des retraités dépouillés du fruit de plusieurs décennies de labeur au service de La Poste.

Le silence des autorités et le sentiment d’un « deux poids, deux mesures »

Ce qui nourrit particulièrement l’exaspération des sociétaires, c’est l’absence totale de dialogue de la part des institutions concernées. Malgré les relances, courriers officiels et demandes d’audience formulées par le bureau de la coopérative, aucune autorité gouvernementale ni service déconcentré de l’État n’est venu apporter le moindre éclaircissement, ni la moindre piste d’indemnisation.

Un sentiment d’injustice renforcé par la comparaison avec d’autres dossiers fonciers récemment traités par l’État : alors que le problème du lotissement public de Mbour 4 a été déclaré résolu par le ministre des Collectivités territoriales, le site des postiers — un lotissement privé d’origine coopérative, pourtant en règle et dûment réceptionné — demeure, lui, totalement bloqué.

À cette précarité foncière s’ajoute une autre difficulté bien connue des agents de La Poste et suivie de près par le SNTPT : des retards récurrents de paiement des salaires, qui viennent aggraver une situation déjà critique pour ces travailleurs.

Une marche annoncée à Rufisque

Face à ce mur de silence, la coopérative Chatak a décidé de hausser le ton. Une marche est d’ores et déjà annoncée dans le département de Rufisque, sur un itinéraire allant de l’École Nationale des Postes jusqu’à la préfecture. Les postiers entendent, par cette mobilisation, interpeller directement le gouvernement, le Premier ministre et le président de la République, pour exiger soit d’être rapidement édifiés sur le sort de leurs terres, soit d’obtenir une juste indemnisation.

Le SNTPT suit cette situation avec la plus grande attention. Elle concerne directement des travailleurs des Postes, dont les droits fondamentaux — à la propriété, à l’information et au dialogue avec l’administration — sont aujourd’hui bafoués par l’inaction de l’État face à un dossier pourtant simple à trancher : appliquer la loi, ou indemniser justement ceux qui en subissent les conséquences.

« L’article 2 du décret stipulait un délai maximal de trois ans pour procéder aux expropriations. Aujourd’hui, le terme légal est largement dépassé, maintenant le site dans une incertitude complète. »Salihou Ndieng, secrétaire administratif de la coopérative Chatak

Le SNTPT restera attentif aux suites de cette mobilisation et continuera de relayer les préoccupations légitimes des agents de La Poste concernant ce dossier foncier.

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