Starlink, on connaît. Et Starshield ?
Starlink est devenu en quelques années le premier fournisseur mondial d'internet par satellite. Sa constellation compte plus de 11 000 satellites en orbite basse et environ 13 millions d'abonnés : ménages, navires, compagnies aériennes, entreprises isolées.

En décembre 2022, SpaceX, la société d'Elon Musk qui exploite Starlink, a annoncé un second réseau : Starshield. Il n'est pas destiné au grand public mais aux gouvernements, et d'abord au Pentagone américain. SpaceX lui fixe trois missions : l'observation de la Terre, les communications sécurisées et l'hébergement d'instruments gouvernementaux à bord de ses satellites.
Deux visages d'un même système
Starshield existe sous deux formes.
La première est un service de communication qui utilise les mêmes satellites que Starlink. La différence tient au chiffrement renforcé, à des terminaux dédiés et à des passerelles réseau séparées. Le Royaume-Uni l'utilise ainsi, et la Nouvelle-Zélande le teste pour ses armées.
La seconde est une constellation de satellites dédiés, achetés directement par les services de renseignement américains (le NRO). En octobre 2026, on en compte environ 239 en orbite. Leurs missions exactes restent secrètes.
Le prix illustre l'écart entre les deux mondes : un terminal Starlink coûte environ 5 000 dollars à un client professionnel, contre environ 25 000 dollars pour un service Starshield.
Séparés… mais pas tout à fait
SpaceX affirme que les deux réseaux sont distincts. Les faits montrent une frontière plus floue.
- Pannes communes : lors d'une panne de Starlink d'environ deux heures et demie, l'armée américaine a confirmé que Starshield avait aussi été coupé. La cause était une défaillance logicielle du cœur de réseau, partagé par les deux.
- Partage de capacité : la bande passante d'un satellite au-dessus d'une zone est limitée. Starshield bénéficie d'une priorité « gouvernementale ». En cas de forte demande militaire dans une région, les abonnés civils, servis en dernier, pourraient voir leur débit baisser.
- Interférences radio : en 2025, un observateur amateur a détecté des satellites Starshield émettant dans une bande de fréquences normalement réservée aux signaux envoyés depuis le sol vers les satellites. Des experts estiment qu'une interférence est probable pour d'autres satellites, sans que son effet réel soit établi. Le service internet de Starlink, lui, utilise d'autres fréquences.
Qui décide ?
Ce mois-ci, Elon Musk a précisé publiquement la répartition des rôles. Starshield appartient au gouvernement américain, qui en contrôle les usages et les limites. Starlink reste un service commercial réservé aux usages civils ou défensifs.
Autrement dit, un même ensemble de satellites sert à la fois un pêcheur, une entreprise et une armée, avec des règles fixées par une entreprise privée et un État étranger. Ses partisans y voient un outil de connectivité et de sécurité sans équivalent. Ses critiques s'inquiètent du manque de transparence et de la concentration de ce pouvoir entre peu de mains.
Glossaire
- Orbite basse
- Zone située entre environ 300 et 2 000 km d'altitude ; plus proche de la Terre, elle permet des connexions plus rapides.
- Constellation
- Ensemble de satellites qui travaillent ensemble pour couvrir la planète.
- Terminal
- Antenne installée chez l'utilisateur pour communiquer avec les satellites.
- Passerelle
- Station au sol qui relie les satellites au réseau internet terrestre.
- Chiffrement
- Procédé qui rend les données illisibles pour toute personne non autorisée.
- NRO
- National Reconnaissance Office, agence américaine chargée des satellites de renseignement.
