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Internet au Sénégal : comment les populations se l'approprient

Six Sénégalais sur dix utilisent aujourd'hui Internet, presque toujours depuis un téléphone. Mais se connecter ne dit pas tout : la vraie question est ce que les populations font de l'outil, et qui reste à l'écart.

4 octobre 2026· Mame Binta NDOYE
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Les données disponibles dessinent un pays qui a adopté Internet à sa manière, par la voix, le wolof, le commerce et le paiement mobile, tout en restant coupé en deux entre villes et campagnes.

Combien de Sénégalais sont connectés

Le Sénégal comptait 11,5 millions d'internautes fin 2025, soit 60,6 % de la population. Environ 7,5 millions de personnes restaient hors ligne.

La statistique nationale confirme cet ordre de grandeur. Selon l'ANSD, 62,3 % des personnes de 10 ans et plus avaient accès à Internet en 2024.

Le téléphone est partout : 23,3 millions de lignes mobiles étaient actives fin 2025, soit 122 % de la population. Beaucoup de personnes possèdent plusieurs cartes SIM.

C'est ce qui explique des chiffres parfois contradictoires. Le régulateur calcule son taux de pénétration en rapportant le nombre de lignes Internet à la population, ce qui donne un résultat bien plus élevé. Ce taux compte des lignes, pas des personnes.

Une fracture d'abord territoriale

L'écart le plus fort sépare les villes des campagnes : 79,4 % d'accès en milieu urbain contre 41,3 % en milieu rural, soit 38 points de différence.

  • Hommes et femmes. Au niveau national, l'écart est faible : 61,2 % chez les hommes, 58,2 % chez les femmes. Il se creuse en zone rurale, où les femmes utilisent nettement moins l'Internet mobile que les hommes.
  • Équipement. Seuls 11,9 % des ménages possèdent un ordinateur. L'Internet sénégalais est un Internet de téléphone.
  • Enfants. Une enquête ANSD-ARTP indique que 31 % des 3-11 ans utilisent un smartphone : 51,9 % à Dakar, 22,7 % en milieu rural.

Le lieu de résidence pèse donc davantage que le sexe dans l'accès au numérique.

Ce que les Sénégalais font en ligne

L'usage est quotidien mais peu diversifié. Selon le rapport 2026 de la GSMA, la grande majorité des internautes mobiles se limitent à quelques activités : réseaux sociaux, messagerie, appels en ligne et divertissement.

Les usages à plus forte valeur économique, comme la formation, les démarches administratives ou le travail en ligne, restent bien moins répandus.

Côté réseaux sociaux, le pays comptait 5,42 millions de comptes actifs fin 2025, soit 28,5 % de la population. Facebook en réunit 3,6 millions et Instagram 1,45 million. Ces chiffres ne couvrent ni WhatsApp ni TikTok, pourtant très présents au quotidien.

Une appropriation à la sénégalaise

Les populations n'ont pas simplement adopté Internet : elles l'ont plié à leurs réalités. Trois pratiques le montrent.

  1. La voix et le wolof. Une étude sociologique sur les classes populaires montre que l'usage d'Internet s'y résume presque entièrement à WhatsApp, avec une préférence pour les messages vocaux en wolof. La note vocale contourne l'obstacle de l'écrit et du français.
  2. Le commerce informel. Les vendeuses et vendeurs font des statuts WhatsApp, d'Instagram et de TikTok leurs vitrines. Les ventes aux enchères en direct sur TikTok se sont développées. Émoticônes et messages vocaux suffisent pour conclure une vente.
  3. Le paiement mobile. Ce commerce repose sur la généralisation des portefeuilles électroniques comme Orange Money et Wave, qui permettent de payer et d'être payé sans compte bancaire.

Ces pratiques ont un point commun : elles partent des besoins des gens, communiquer, vendre, payer, et non des services conçus pour eux.

Les freins qui restent

Quatre obstacles reviennent dans toutes les études.

  • La couverture. Les zones rurales restent moins bien desservies que les villes.
  • Le coût. Le prix des forfaits et des smartphones pèse sur les ménages modestes.
  • Les compétences. Savoir utiliser WhatsApp ne suffit pas pour suivre une formation ou faire une démarche en ligne.
  • La langue. La plupart des contenus et des services sont en français, alors que le wolof est la langue la plus parlée.

L'accès progresse, mais l'appropriation reste inégale : forte pour communiquer, vendre et payer, faible pour apprendre, travailler ou accéder aux services publics.

Pour les travailleurs des postes et des télécommunications, ce constat rappelle que la connectivité ne se résume pas aux réseaux. Elle suppose aussi des tarifs accessibles, des services en langues nationales et un accompagnement des usagers sur le terrain.