Sonatel : fractionnement de l'action et révision des textes du conseil d'administration
Le 8 octobre 2026, les actionnaires de la Sonatel votent le fractionnement de l'action par dix et une révision des statuts qui encadrent le conseil d'administration. Notre lecture, avant le vote.

Le jeudi 8 octobre 2026, à 15 heures GMT, les actionnaires de la Sonatel votent à la fois le fractionnement de l'action et une révision des statuts qui encadrent le conseil d'administration. Le premier point occupe les marchés ; le second concerne l'équilibre de pouvoir au sein de l'opérateur historique, et il nous concerne directement.
Deux résolutions, un seul rendez-vous
L'assemblée générale extraordinaire se tient par visioconférence. Son ordre du jour annonce le fractionnement de l'action dans un rapport de un à dix, puis la « modification corrélative des statuts ». Une troisième ligne, plus discrète, parle d'une « mise en cohérence avec l'évolution de la société ». C'est derrière cette formule que se trouve la réforme de la gouvernance.
Notre organisation est présente dans le secteur des postes et télécommunications. Ce qui se décide au conseil d'administration de la Sonatel (investissements, rémunérations, place de l'État) pèse sur les travailleurs, sur le service rendu aux usagers et sur l'économie du pays. Nous prenons donc la parole avant le vote, pas après.
Le fractionnement : plus d'actions, pas plus de valeur
Si les actionnaires approuvent, chaque action Sonatel sera divisée en dix à partir du 26 octobre 2026. Le capital social ne bouge pas : 50 milliards de FCFA, représentés par un milliard d'actions au lieu de cent millions. La conversion se fait automatiquement dans les comptes-titres, et la part de chaque actionnaire dans le capital reste la même.
| Repère | Avant | Après le 26 octobre | | --- | --- | --- | | Valeur nominale | 500 FCFA | 50 FCFA | | Nombre d'actions | 100 millions | 1 milliard | | Capital social | 50 milliards FCFA | 50 milliards FCFA | | Cours (clôture du 17 septembre 2026) | 39 250 FCFA | 3 925 FCFA (théorique) | | Dividende de l'exercice 2025 | 1 740 FCFA | 174 FCFA par nouvelle action |
L'objectif affiché est de rendre le titre plus accessible aux investisseurs. Un ticket d'entrée à cinq chiffres éloignait jusqu'ici les petits épargnants de l'UEMOA. Mais ce n'est pas un enrichissement : un actionnaire qui détenait 100 actions en détient 1 000, pour la même valeur totale.
Deux nuances méritent d'être dites aux travailleurs-épargnants. D'abord, la baisse du prix unitaire ne garantit pas, à elle seule, une meilleure liquidité : celle-ci dépendra du comportement des acheteurs et des vendeurs. Ensuite, le titre a dépassé 42 000 FCFA à la BRVM dans les jours qui ont suivi l'annonce, un mouvement qui comporte une part de spéculation et peut être suivi d'une correction. L'entreprise, elle, reste solide : au premier semestre 2026, son chiffre d'affaires atteint 1 049,8 milliards de FCFA (+9,3 % sur un an) pour un résultat net de 230 milliards de FCFA.
Les statuts : ce que le conseil propose d'effacer
La troisième résolution modifie cinq articles des statuts, et deux de ces modifications touchent à l'équilibre conclu lors de la privatisation de 1997 entre l'État du Sénégal et France Télécom, devenu Orange.
| Article | Ce que prévoit le texte actuel | Ce que propose le conseil | | --- | --- | --- | | 11 (conseil d'administration) | Pendant la durée du monopole fixée au cahier des charges, l'État est représenté par au moins deux administrateurs | Suppression du paragraphe | | 13 bis (délibérations) | Pour certaines décisions, vote favorable d'un administrateur de l'État et d'un administrateur de tout actionnaire détenant seul au moins 33 1/3 % du capital plus une action | Suppression de la clause : retour à la majorité des administrateurs | | 15 | Rémunération du directeur général | Fixée par le conseil après avis du nouveau comité | | 17 (nouveau) | N'existe pas | Comité de nomination et de rémunération, composé uniquement d'administrateurs non salariés | | Comité d'audit | Compétent sur les rémunérations | Perd cette compétence, gagne un avis sur la nomination et la révocation du directeur de l'audit |
Le comité de nomination et de rémunération donnerait son avis sur la rémunération du président et du directeur général, la politique de recrutement, la sélection des administrateurs, la succession des dirigeants, les indemnités de fonction, l'actionnariat salarié et les bonus de la direction.
Un équilibre qui n'est pas symétrique. L'État détient 27,67 % du capital, Orange 42,33 %. Seul Orange franchit le seuil du tiers : la clause de l'article 13 bis le désignait donc sans le nommer. Orange pèse par ses titres, avec ou sans clause. L'État, lui, ne tenait son pouvoir de blocage que par ce texte.
L'argument de la Sonatel est sérieux, mais incomplet. Les deux clauses étaient liées à la durée du monopole, expiré depuis plus de vingt ans. Or le veto de l'administrateur de l'État reposait sur trois conditions cumulatives : le monopole, une participation publique d'au moins 25 %, et l'absence d'un autre actionnaire détenant seul plus de 50 %. Deux conditions sur trois sont toujours remplies. Ce qui disparaît n'est donc pas une formule morte.
Le vote. Une assemblée extraordinaire statue à la majorité des deux tiers des voix exprimées. Avec 27,67 %, l'État ne peut pas bloquer seul si la participation est forte. Mais ces résolutions émanent du conseil, où siègent des administrateurs de l'État : leur présentation suppose un accord préalable. Au 31 décembre 2025, le conseil comptait dix administrateurs, auxquels s'ajoute un représentant du Contrôleur financier de l'État, sans statut d'administrateur.
Notre lecture : le fractionnement est technique, la gouvernance est politique
Nous ne voyons pas d'objection de principe au fractionnement. C'est une opération de marché, neutre sur la valeur, qui peut ouvrir l'actionnariat à davantage de petits porteurs. Nous invitons simplement nos camarades épargnants à ne pas y voir une promesse de gain : la hausse observée avant l'opération comporte une part de spéculation.
La révision des statuts appelle plus d'attention. Les règles sont publiques : les documents sont consultables au siège de la Sonatel du 22 septembre au 7 octobre. Mais l'ordre du jour ne dit pas que la représentation de l'État au conseil et le régime des majorités sont en cause ; il faut lire l'avis jusqu'à sa deuxième page pour le savoir. Une réforme de cette portée mérite d'être dite clairement.
Deux questions restent ouvertes. Un pacte d'actionnaires lie-t-il l'État et Orange en dehors des statuts ? Si oui, ce que les statuts abandonnent peut subsister par contrat. Et qui siégera demain au conseil ? Sans les clauses de 1997, le pouvoir passe du capital aux sièges, et l'avis de convocation ne détaille pas la composition du conseil.
Pour le SNTPT, le retrait de l'État actionnaire ne doit pas devenir un retrait de l'État garant du service public.
L'histoire de la Sonatel montre que ses travailleurs ne sont pas restés indifférents à ces équilibres : en 2009 déjà, l'intersyndicale s'était mobilisée contre la cession d'une part de l'État à France Télécom. Nous suivrons l'assemblée du 8 octobre et reviendrons sur ses décisions une fois le vote connu.



