Internet par satellite - Mark Carney veut « détacher » le Canada de Starlink et de SpaceX
« Starlink, nous allons nous en détacher, il n’y a pas de doute là-dessus. » C’est en ces termes que le premier ministre résume l’intention du gouvernement du Canada de réduire sa dépendance envers le service de télécommunications par satellite de la société américaine SpaceX, dirigée par le milliardaire Elon Musk.

Mark Carney a fait cette déclaration dans le cadre d’une longue entrevue avec le New York Times, à la fin septembre. Il a abordé différents sujets, dont sa préparation pour protéger le Canada d’un hypothétique conflit militaire avec les États-Unis.
« Gestion du risque »
Sans donner de détails sur l’éventuelle stratégie du Canada si cette menace survenait, le premier ministre a tout de même indiqué qu’il était de sa responsabilité de « considérer même les risques les plus extrêmement improbables ».
« C’est une simple question de gestion du risque », a-t-il dit, ajoutant qu’il serait « irresponsable » de ne pas s’y préparer.
Dans tout conflit militaire, la communication est un élément stratégique majeur. Et s’il y a une chose que SpaceX et Elon Musk ont démontrée depuis le lancement du service internet par satellite Starlink, c’est sa capacité à influencer l’évolution de conflits militaires internationaux.
Pour le Canada, c’est le signal qu’il faut regarder ailleurs, selon Mark Carney. « Du point de vue de la Défense, et certainement avec des partenaires d’Europe, peut-être de Corée, vous pouvez grandir et réduire votre dépendance » envers un seul fournisseur à risque.
Starlink en disgrâce
SpaceX fait déjà des affaires au Canada, mais ses clients au pays insistent sur leur désir de diversifier leurs fournisseurs. L’opérateur américain fournit depuis plusieurs mois l’internet par satellite à Rogers, pour étendre la portée de son réseau sans fil aux régions moins bien desservies du Canada. Air Canada et WestJet y ont recours pour offrir l’internet à bord de certains vols.
Chez Rogers, on précise que Starlink est « à l’heure actuelle le plus avancé » dans l’industrie, ce qui le rend inévitable. Mais le fournisseur torontois ajoute prévoir de travailler « avec d’autres fournisseurs de services mobiles par satellite à mesure que la technologie évolue ».
Cette technologie vient à peine de voir le jour et le stade de lancement varie d’un fournisseur à l’autre, rappelle Rogers, qui ajoute qu’il vient de signer un protocole d’entente avec l’opérateur Télésat, d’Ottawa, pour adopter sa plateforme de satellite en orbite basse.
Cette position du gouvernement canadien fait certainement plaisir aux fournisseurs canadiens, qui espèrent s’installer durablement au pays et à l’international. Les commentaires du premier ministre du Canada surviennent alors que les technologies de satellites en orbite basse et de connexion direct-au-mobile créent une nouvelle couche mondiale d’infrastructures de télécommunications, rappelle le président exécutif du conseil de Terrestar, André Tremblay.
« Le Canada doit travailler de toute urgence avec l’industrie canadienne afin d’assurer sa place dans ce marché émergent », dit-il. Terrestar est l’opérateur canadien le plus avancé dans le déploiement d’un service d’internet mobile par satellite.
SpaceX est son rival direct. « Nous continuerons de collaborer avec le gouvernement fédéral afin de faire progresser le développement d’une constellation de satellites à basse orbite ouverte et fondée sur des normes, en partenariat avec des partenaires internationaux de confiance », dit André Tremblay.



