Senelec : la prime PRAB au cœur du bras de fer entre l'État et les travailleurs
Trois milliards de francs CFA. C'est, selon les syndicats, la somme qui devrait revenir aux agents de la Senelec au titre de la prime PRAB pour l'exercice 2026. Gelée depuis l'été, cette prime cristallise la colère des travailleurs. À trois jours de la grève générale de 72 heures du Front syndical, prévue du 21 au 23 octobre, le Syndicat unique des travailleurs de l'électricité (Sutelec) menace de rejoindre le mouvement.
Mame M NDOYE· 12 lectures
Écouter le résumé
Une prime adossée aux bénéfices depuis 2020
La PRAB, ou Prime sur le résultat annuel bénéficiaire, est un acquis social obtenu en 2020. Un accord prévoit de reverser aux travailleurs 10 % des bénéfices réalisés par la Senelec. Selon les syndicats, cet engagement a toujours été respecté, y compris sous le régime actuel.
Le versement obéit à une règle simple : il faut un résultat bénéficiaire certifié par les commissaires aux comptes et approuvé par le Conseil d'administration. Pour 2026, les travailleurs avancent un bénéfice d'environ 30 milliards de FCFA, soit près de 3 milliards à répartir entre les agents. Certains médias évoquent entre 500 000 et 800 000 FCFA par agent.
Un bilan contesté à l'origine du blocage
Le gel de la prime trouve sa source dans les comptes. D'après L'Observateur, un premier bilan financier présenté aux autorités faisait apparaître une Senelec déficitaire. Sans bénéfice, pas de PRAB.
Le nœud du problème serait la manière dont certaines créances de l'entreprise, notamment celles dues par l'État, ont été traitées dans ce bilan initial. Une fois ces créances publiques retraitées, la Senelec disposerait d'une marge suffisante pour envisager le paiement.
Les syndicats, eux, rejettent toute remise en cause. Ils estiment que la prime repose sur des résultats certifiés et voient dans l'application de nouveaux critères financiers un prétexte pour priver les agents de leur dû.
Des brassards rouges à la menace de grève
La contestation a pris forme en juillet. Le 13 juillet, à l'appel de la Convergence syndicale des travailleurs de Senelec (CSTS), les agents ont arboré des brassards rouges sur tout le territoire. Une conférence de presse et une assemblée générale ont suivi.
Le mouvement a été suspendu après une invitation au dialogue du ministre de l'Énergie et de la Direction générale. Mais la suspension restait conditionnelle. Le coordonnateur de la CSTS, Habib Aïdara, avait prévenu : sans engagement de l'État à payer la prime, le plan d'action reprendrait et pourrait déboucher sur une grève.
Trois mois plus tard, la prime n'est toujours pas versée. Réuni en Conseil national au Cap des Biches, le Sutelec, dont Habib Aïdara est le secrétaire général, a dénoncé le mutisme de l'État. Il brandit désormais la grève comme ultime recours.
L'État, premier débiteur de la Senelec
Pour les syndicats, les difficultés financières de la Senelec ne doivent pas peser sur les travailleurs. Ils rappellent que l'État accumule des impayés considérables envers l'entreprise, chiffrés par la CSTS en juillet :
| Créance | Montant (milliards FCFA) |
| Compensations tarifaires impayées | 391 |
| Consommations de l'administration | plus de 182 |
| Exportations d'électricité | 60 |
| Concessionnaires ruraux | 9 |
En octobre, le Sutelec évalue la dette globale de l'État à près de 600 milliards de FCFA. Il y ajoute un manque à gagner de 18 milliards lié à la baisse des tarifs décidée en 2025, et souligne que la Senelec a dégagé un bénéfice de 36 milliards de FCFA pour l'État.
Un front qui s'élargit
La PRAB n'est plus le seul grief. Le Sutelec s'oppose aussi à la filialisation de la Senelec, annoncée par le ministre de l'Énergie pour décembre 2027, faute d'avoir associé les travailleurs. Il rejette également le retour d'Akilee dans l'entreprise.
Le calendrier rend la menace sérieuse. La CNTS et le Front syndical pour la défense du travail (FSDT) ont convoqué une grève générale de 72 heures les 21, 22 et 23 octobre, précédée d'une marche à Dakar le 20 octobre. Si le Sutelec s'y joint, la fourniture d'électricité pourrait être perturbée dans tout le pays.
Le précédent de 1998 reste dans les mémoires : une grève de zèle du Sutelec avait plongé le Sénégal dans le noir pendant plusieurs jours. Ni préavis formel, ni service minimum n'ont été annoncés à ce stade. La balle est désormais dans le camp de l'État.
Inauguration de la fibre optique Sénégal - Mali
Les réseaux dorsaux en fibre optique du Sénégal et du Mali sont désormais reliés. Fruit d'un partenariat entre Sénégal Numérique SA (SENUM SA) et la Société malienne de transmission et de diffusion (SMTD-SA), ce dispositif d'interconnexion a été officiellement inauguré le 05 octobre 2026 à Kidira, dans le département de Bakel.
Kalpé bi woor






